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COTE D'IVOIRE CONTRE LA CORRUPTION
Organisation Des Commisions
3. Notre pays, me semble-t-il, n’a pas encore identifié la voie qui peut le conduire au développement économique et social. Il cherche, il tâtonne. Malheureusement, pour se rendre à la ville appelée développement, il emprunte quelquefois des véhicules inadaptés. L’un de ces véhicules est l’inobservation de la REGLE DE DROIT, c’est- à-dire la négligence dans l’instauration pratique de l’état de droit. Je l’ai souligné tantôt. Les valses hésitations des décisions de justice dans notre société en sont le témoignage le plus éloquent.
4. L’autre véhicule, entre autres, inapproprié est l’ADMINISTRATION. L’administration dont nous avons héritée du colonisateur avait un objectif principal : collecter les matières premières et les exporter en métropole, le développement de la colonie ne se faisant que par ricochet. Colonie qui du reste, par son action devait soutenir le développement de la métropole.
Dès l’accession à l’indépendance, à l’administration a été fixé naturellement l’objectif de développement. Mais lui en a-t-on donné les moyens et la capacité, c’est-à-dire l’organisation et la méthode qui insufflent les réflexes, les actions et les réactions ? Peut-on faire cuire avec succès dix kilogrammes de riz dans un récipient destiné à n’en contenir qu’un seul ? La réponse à cette question n’est pas évidente que pour le seul « cuistot ». C’est la cuisson à laquelle nous donne droit l’action de développement de notre administration. Ainsi, Collecter et exporter les matières premières, sont-ils simples et évidents, alors que conduire le développement économique et social est divers et complexe. Par conséquent tout se fait de façon empirique sans règle et sans contrainte et on est étonné que les arrangements en tout genre sécrètent l’inefficacité et la corruption.
5. Au constat, les animateurs de l’administration que sont les gouvernants passés et présents et leurs collaborateurs ne sont nullement en cause. Ils profitent d’une situation de fait. On peut tout au plus leur reprocher que bien qu’ils aient souvent diagnostiqué le mal ils ne lui aient pas trouvé de remède. Mais savent-ils comment faire ? C’est toute la question. Dans tous les programmes de gouvernement il est mentionné en bonne place la réforme de l’administration et la lutte contre la corruption. Ce qui dénote de la bonne foi de leurs auteurs. Mais toute l’impuissance des autorités à réaliser ces programmes se lit dans cette déclaration de l’une d’elles que je cite en substance : « La corruption est le problème réel de la Côte d’Ivoire, le jour où je lui trouverai une solution notre pays sera sauvé ».
6. Le développement économique et social que nous recherchons, n’est pas de chez nous. Il est d’ailleurs, précisément d’Europe Occidentale où il est né en Angleterre. Quelques unes des règles qui permettent d’y parvenir sont l’existence, de capitaux, de matières premières et d’hommes pour les mettre en valeur. On comptabilise aussi le travail, le rationalisme, la rigueur, la prééminence de la compétence et du mérite, donc de la compétition sur les compromis. Ces dernières règles ne sont malheureusement pas toujours la base de la culture africaine. Si nous voulons réussir, empruntons aux origines ses valeurs même si nous devons les édulcorer pour ne pas heurter de front ce qui constitue notre être.
A l’analyse, le sous-développement ne peut donc pas être une fatalité : les pays africains sont riches des matières premières. Depuis plus de quarante ans ils forment leurs cadres dans les mêmes écoles que ceux des pays développés. Les statistiques des flux financiers que drainent nos pays autorisent à penser qu’ils ne sont pas aussi pauvres qu’on pourrait le croire. Alors pourquoi ne réussissent-ils pas à se développer pendant que sur la même période les autres ont progressé ? Pourtant quand on interroge l’histoire des faits économiques et sociaux, elle répond que, les pays actuellement développés n’avaient pas plus d’atouts qu’eux au moment de leur « take off ». Certes ils avaient la maîtrise de la définition et de la conduite de leur destin. Ce n’est pas rien. Ce qui n’est malheureusement pas notre cas Mais peut-être, en plus de cela, n’avons-nous pas non plus la culture du développement ? En foot-ball on dirait que nous avons les hommes et la technique mais il nous manque la culture et la discipline tactiques...Page Suivante

