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PROJET DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
Introduction
Après plusieurs années de colonisation, la Côte d’Ivoire accède à l’indépendance le 7 août 1960. Le paysage politique de l’époque consacre le PDCI-RDA comme parti unique de fait après ses brillantes victoires électorales sans partage. Aucun changement n’intervient jusqu’au mois d’avril 1990 où le multipartisme inscrit dans la constitution dès le départ est de nouveau « autorisé ».
Ainsi sans être institutionnalisé le parti au pouvoir se confond avec l’Etat. Son organisation pyramidale est la colonne vertébrale de l’Etat. Aucune promotion sociale véritable n’est possible, tant dans l’administration publique que dans le privé sans l’aval du parti ou de ses notables. Cela s’explique par le fait que le système économique qui est un capitalisme monopolistique d’Etat est sous la tutelle entière de la puissance publique. Cette organisation de la société développe des comportements de clientélisme, de trafic d’influence, de corruption appelés « couloir », car les achats de conscience se faisaient dans les vestibules des bâtiments qui abritent les bureaux. Plus tard cela sera désigné par les vocables « fais nous fait », « cause », « parle Français » « tu manges je mange » « être dans le contexte » etc. Ces pratiques très rapidement prennent le pas sur le mérite et la compétence. Elles favorisent les détournements de fonds et l’impunité etc. Dans le même temps la promotion à outrance et tous azimuts du dialogue contraire à l’application du droit crée un environnement arbitraire. N’aurait-il pas été mieux de le limiter aux domaines de la société non suffisamment codifiés ? On le sait le droit - la loi - est impersonnel et il tranche, tandis que le dialogue identifie les protagonistes et il négocie. En tenant compte de cela quel dialogue objectif et équilibré peut-il y avoir entre un Directeur Général et son planton, surtout à l’époque ? Autant dire que les plus faibles étaient livrés pieds et poings liés aux plus forts. Malgré le malaise que cette situation est en mesure de créer la société ivoirienne reste calme, car la période de boom économique permet à chaque individu de s’accommoder de sa situation. Ceux qui pouvaient se sentir exclus ont suffisamment de « subsides » pour survivre.
Puis en 1980, vînt le choc de la crise économique : baisse des recettes des produits d’exportation, difficultés budgétaires de l’Etat, programmes d’ajustements structurels avec liquidation des sociétés d’Etat, uniformisation des salaires versés aux agents des sociétés d’Etat non liquidées avec ceux des fonctionnaires, licenciements collectifs etc .Ces licenciements ne se font pas toujours selon les règles du droit du travail ou l’objectivité requise. Ainsi les difficultés économiques accentuent, ou du moins mettent en évidence, la sélection par le trafic d’influence et le clientéliste. Les rangs des mécontents grossissent. Des revendications sociales se précisent qui débouchent sur des revendications politiques. Le multipartisme s’impose. Ceux qui ont un fond idéologique rejoignent ces partis pour lutter pour des principes. Les autres le font pour d’autres raisons. D’un côté on a désormais ceux qui sont dans les bonnes grâces du parti au pouvoir et donc de l’Etat et de l’autre les opposants. Les positions se cristallisent et l’exclusion s’accentue. L’aigreur s’installe. Les jeunes ressentent de plus en plus de frustration et adoubent les partis politiques dans l’opposition. Ils prennent le front de la lutte. C’est l’ère de la création de la FESCI. Cette jeunesse estudiantine est le fer de lance de la contestation. Les grèves d’étudiants se multiplient, soutenues par des slogans du genre « nous préférons une année blanche à une vie blanche ». Ces grèves sont souvent ponctuées par de multiples marches de protestation. On a même connu « la marche des seigneurs » faite de cadences assez spéciales : deux pas en avant, un pas en arrière et on s’assoie. Au prochain top c’est l’inverse. Le pouvoir pour maîtriser le milieu universitaire l’infiltre par des jeunes qui lui sont favorables, non étudiants quelquefois, qui par des méthodes peu recommandables entretiennent la terreur en toute impunité dans les cités universitaires. Les étudiants se rebellent et le drame se produit avec la mort de Thierry Zebié.
Plus tard dans la même logique le Pouvoir fait la promotion de jeunes aux biceps impressionnants appelés « loubards », afin de faire contrepoids aux étudiants devenus incontrôlables du fait de leurs conditions de vie difficile. Faute de moyen ils s’entassaient à plusieurs dans une chambre universitaire réservée à une seule ou deux personnes. C’est l’ère des « CAMBODGIENS ». Face aux « loubards » et aux difficultés, la FESCI se durcit et semble s’éloigner de ses revendications syndicales qui, il est vrai, se confondent avec celles des partis politiques. Entre temps le Président de la République Félix. HOUPHOUET- BOIGNY est décédé. L’arrivée au pouvoir du Président Henri Konan Bédié ne calme pas les tensions. Le PDCI-RDA se scissionne et naît le RDR. La lutte pour le pouvoir est ardue. Les différents partis se regardent en chien de faïence .Chacun dans un combat de positionnement veut se soumettre la FESCI. L’organisation estudiantine a du mal à maintenir sa cohésion. La fracture se crée. Les fractions s’affrontent d’abord à coup de poings avant d’en arriver aux machettes. Cet épisode banalise la violence dans le milieu estudiantin et en Côte d’Ivoire en général. C’est donc sans grande surprise qu’arrive le coup d’Etat de décembre 1999 eu égard à la volatilité de l’environnement et à l’ambiance délétère qu’elle crée dans le pays. Ambiance entretenue par des violences verbales et écrites et des brutalités policières ...Page Suivante
